Fumeurs s’abstenir
Une nouvelle polémique est en train de naître en France, et plus généralement dans l’Union Européenne, concernant la discrimination à l’embauche liée au tabagisme des candidats. Et contrairement à ce que l’on aurait pu penser, les associations de lutte contre le Tabac sont cette fois-ci du côté des fumeurs.
Il n’y a pas de fumée sans feu : tout est parti d’une annonce emploi diffusée par un call-center irlandais, Dotcom Directories. L’entreprise y invitait les candidats fumeurs à ne pas postuler. Le directeur se plaignait notamment du plus grand nombre d’arrêts maladie posés par les fumeurs, et de l’aspect anti-social qu’il voyait dans le tabagisme. Devant cette demande pour le moins étonnante, la justice irlandaise a donné raison à Dotcom Directories, estimant qu’il n’y avait rien de discriminatoire dans cette pratique. C’est ensuite la Commission Européenne qui s’est emparé de l’affaire, sollicitée par la député travailliste Catherine Stihler afin de statuer au niveau de l’Union Européenne sur la légalité du comportement de l’entreprise. L’institution s’est alors rendu compte qu’il existait une sorte de vide juridique dans ce domaine, le tabagisme n’étant lié, dans les textes de loi, à aucune forme de discrimination à l’embauche. Refuser d’embaucher un candidat fumeur n’est donc “pas couvert par la législation européenne contre les discriminations”.
Les réactions en France sont plutôt unanimes : syndicats et associations anti-tabac se rangent sous le même étendard et s’inquiètent de l’avis de la Comission Européenne, qui constate un manque dans la législation anti-discrimination européenne, mais qui l’accepte au lieu d’en proposer une acception extensive. Tom Jenkins, de la CES (Confédération Européenne des Syndicats) explique : “Je ne crois pas que parce que ce n’est pas dans le traité, on peut faire n’importe quoi”, craignant qu’une telle interprétation puisse ouvrir la porte “à n’importe quel abus”.
Quelles conséquences cette décision peut-elle avoir en France ? Tout simplement que certains employeurs décident d’imposer la même restriction dans leurs processus de recrutement, et surtout que la mention fumeur/non-fumeur apparaisse dans les CV des candidats. De ce fait, la pratique du tabagisme tomberait-elle sous le coup de la gestion anonyme des candidatures prévue par la Loi sur l’Egalité des Chances ? Les candidats non-fumeurs pourraient-ils profiter de leur non-addiction pour tirer leur épingle du jeu en entretien ? La reconnaissance du caractère non-discriminatoire de la fumée réduirait-elle en cendre les textes actuels sur le sujet ? Autant de questions qui me semblent essentielles et sur lesquelles nous ne devons pas mégoter…
comment faire un CV, creation de cv, CV, discrimination embauche, Emploi, exemple de CV, modele de CV, tabagisme

8 août 2006 at 12:20
Il me semble qu’une différence importante entre discrimination sur la couleur de peau, le nom, l’origine, etc. et une possible discrimination sur le tabagisme, est qu’il est facile pour un candidat de cacher qu’il fume lors d’entretiens de recrutement. Si en théorie cette réaction de l’UE pose des questions éthiques, en pratique, je ne crois pas que dans les faits elle soit si grave…
8 août 2006 at 14:06
Sauf qu’un candidat n’a pas le droit de mentir ou cacher des informations à un recruteur. Si une annonce fait expressément mention de “l’interdiction de fumer”, cela veut dire que le candidat est recruté entre autres sur la véracité de cette caractéristique. S’il triche et qu’il est découvert, cela pourrait poser problème…
Pour information, cette pratique est autorisée dans 4 états des USA ; un patron a récemment souhaité se débarasser de ses employés fumeurs, et a réussi à en licencier certains qui refusaient de partir de leur plein gré.
En fait, tout va dépendre de la réaction des entreprises françaises face à cette pseudo-jurisprudence de la Commission Européenne.