Augmentation de capital : à quel prix valoriser son entreprise ?
Troisième billet de la série sur l’augmentation de capital : comment valoriser son entreprise au juste prix ? Une question bien évidemment fondamentale puisqu’elle détermine à la fois le montant dont vous allez disposer et la hauteur future de votre participation. Il s’agit également de faire preuve de raison et de lucidité pour instaurer une relation de confiance avec votre investisseur. Par ailleurs, l’exercice requiert une très bonne préparation et de bonnes connaissances en techniques financières. Vous êtes prêts ?
Valoriser son entreprise, c’est trouver son prix aujourd’hui en fonction de ce qu’elle fera demain. Reprenons l’exemple que j’avais utilisé dans un post précédent. Avant augmentation de capital, votre entreprise vaut : nombre d’actions * prix de l’action. Sachant qu’au départ, prix de l’action = nominal. Lorsque vous allez valoriser votre entreprise, vous allez effectuer le raisonnement inverse. Vous allez en effet calculer la valeur de votre entreprise en fonction des cash-flows futurs actualisés, et en déduire le nouveau prix de l’action.
Comment calculer alors la valeur de votre entreprise ? Il est difficile pour moi d’expliquer le processus sur ce blog, et ce serait peut-être fastidieux. Plusieurs choses à retenir néanmoins :
Il existe deux méthodes de valorisation classiques : le DCF (Discounted Cash Flows) et les multiples. Le DCF consiste à actualiser vos FCF (Free Cash Flows), c-à-d bénéfices + amortissement, sur une période donnée (3-5 ans le plus souvent), en utilisant un taux d’intérêt spécifique.
Le taux utilisé pour l’actualisation peut être de deux sortes : soit votre entreprise n’a pas de dettes financières, et dans ce cas il s’agit uniquement du taux de retour attendu par vos actionnaires; soit votre entreprise est endettée, et il s’agit alors du WACC (Weighted Average Cost of Capital), qui prend en compte à la fois le coût du capital et le coût de la dette.
La méthode des multiples consiste à évaluer votre société en fonction de vos concurrents. Par exemple, si la moyenne des entreprises du secteur dans lequel vous évoluez est valorisée 4 fois son bénéfice, vous pouvez légitimement prétendre au même ratio. Même si dans les faits, c’est un peu plus compliqué que cela. Je vous recommande chaudement de potasser quelques bons livres de finance pour être parfaitement au point. A mon grand regret, la lecture de ce blog ne suffira pas…
La valorisation vous permettra alors de déduire le besoin de financement nécessaire à la réalisation de vos objectifs. C’est ce montant que votre investisseur potentiel regardera, pour savoir en quoi il peut être utile. Un simple effet de levier en somme.
On pourrait se dire alors : en fait, tout n’est que de la technique ? Et bien non justement. D’abord parce que votre ennemi principal s’appelle Excel. En manipulant deux ou trois cellules, vous pouvez faire exploser vos prévisions de résultat, et donc votre valo. Je vous conseille vivement de tempérer vos ardeurs. Certes, des millions, ça fait bien sur une feuille de calcul, mais vous irez au devant de problèmes au moment de la négociation de votre valo si vous n’êtes pas capables de justifier vos niveaux de performance par des analyses concrètes autres que :”Bah, je prévois 100% de croissance en année 1, 200% en année 2 et 300% en année 3.”
Ensuite intervient donc la négociation avec votre futur investisseur. Une seule règle à retenir : soyez honnêtes ! Je ne saurai trop vous conseiller de lire ce très bel article (en anglais) de Guy Kawasaki. En tout cas, si votre produit est bon, et votre business model efficace, vous ne mettrez pas trop de temps à converger sur une valorisation qui convienne à la fois à l’investisseur, et bien sûr à vous.
Une dernière chose : il faudra à un moment arbitrer entre le montant levé et la hauteur de votre participation. Entre votre boîte et vous en fait… Congruence, quand tu nous tiens…
Prochain billet : Venture-capitalist, business-angel, quels acteurs choisir pour son augmentation de capital ?
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