Serons-nous embauchés par des robots ?

Dans un article du 3 janvier dernier, le New York Times décrit avec force détails la nouvelle méthode mise au point par Google pour sélectionner les candidats qui postulent chez eux. Il s’agit d’opposer le profil-type d’un employé Google avec celui d’un postulant. Un algorithme permet ensuite de déterminer l’écart entre les deux profils, et si finalement l’embauche est souhaitable. Google, qui reçoit chaque mois plus de 100 000 candidatures, a voulu mettre au point un moyen plus efficace de débusquer les talents parmi la grande diversité des parcours et des compétences disponibles.

Après un gros travail de collecte de données de chaque employé de l’entreprise – à coup de formulaires de 300 questions – l’équipe de Todd Carlisle, expert en psychologie organisationnelle, est parvenue à combiner ces résultats avec les autres formes de mesures de la performance en place chez Google. Au final, une seule note, appelée Grade-Point Average (G.P.A) qui résume la valeur du candidat pour la firme de Mountain View.

Au-delà de la nouveauté de l’approche, plusieurs questions me viennent à l’esprit :

  • Quelle est l’importance du résultat informatique par rapport à l’intuition et à la décision finale du DRH ? Qui me recrute finalement ? Le programme ou l’humain ?
  • N’est-ce pas une dérive du « data mining » que de penser que tout élément quantitatif peut être mis en relation avec un autre (quel lien entre le lycée d’origine et la possession d’un animal de compagnie…) ?
  • Google n’est-il pas en train de créer un microcosme dégénérescent ? Tous les biologistes vous diront que la diversité est la clé d’un développement réussi dans la Nature. Les apports extérieurs devraient favoriser le brassage des profils et des compétences, au lieu de standardiser la masse salariale.
  • D’un point de vue juridique, n’est-ce pas une atteinte à la vie privée que de poser tant de questions personnelles à un employé / un candidat ? Un recalé a-t-il le droit de demander la restitution des données, et de retenter sa chance ?…
  • Les G.P.A associés à chaque métier sont-ils vraiment pertinents, étant donné la difficulté de classifier des postes dans une entreprise mondiale et multi-culturelle ?
  • Comment « régler » le process ? Si les résultats de l’algorithme filtrent trop les candidatures, il faudra forcément pondérer autrement les caractéristiques constitutives du G.P.A, sous peine ne devoir faire face à une pénurie de « bons » candidats…

Comme le note très justement Yannick Fondeur, cette méthode aura au moins servi à prouver que les qualifications académiques ne sont pas forcément synonymes de performance dans une organisation. Les 600 doctorats employés chez Google ont du souci à se faire…

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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4 réactions sur “Serons-nous embauchés par des robots ?”

  1. Eido dit :

    En fait, ce système ne me gêne pas tant que ça. Si j’ai bien compris, il s’agit pour eux de faire ressortir parmis les 100 000 CV qu’ils reçoivent chaque année, ceux qui sont vraiment intéressants pour l’organisation. Et au moins l’étude du CV me semble complète, tous les aspects semblent être pris en compte, pas seulement les écoles et les notes obtenues.

    Je trouve cela un peu moins injuste et aléatoire que les systèmes de pré-sélection des banques d’affaires ou cabinets de conseil qui souvent ne vont guère plus loin que les écoles faites voire les notes obtenues ou le score au GMAT et qui surtout eux aussi fonctionnent sous un système totalement automatisé pour les première phases qui ne laisse aucune chance aux gens qui sortent un peu du rang.

  2. Jérôme dit :

    Chaque système a ses imperfections ; celui-ci me semble problématique au vu de la méthode permettant de savoir ce qui est bon pour Google.

    Le développement d’une entreprise et ses orientations stratégiques sont souvent inspirés par des sensibilités nouvelles et des mentalités différentes. C’est la diversité qui fait avancer !

  3. TiBo dit :

    “Tous les biologistes vous diront que la diversité est la clé d’un développement réussi dans la Nature.”

    En effet, la polyvalence et la capacité des collaborateurs à être force de proposition sont autants d’atouts pour une entreprise, et encore plus pour une startup.

    Or, il semblerait justement que Google perde petit à petit tout son esprit startup : après avoir raté le coche de la vidéo puis des blogs, il semblerait que disposer d’une armée de PhDs ne soit pas suffisant pour innover…

    Heureusement, le trésor de guerre phénoménal amassé par Google permet à l’entreprise de racheter à peu près tous ceux qui, eux, savent encore créer de nouveaux services !

  4. Damien Crequer dit :

    Bonjour, Je suis Damien Crequer, associé du cabinet de recrutement Taste. Je pense que le traitement automatisé des candidatures n’est pas la solution pour trouver les meilleurs profils. Au contraire, ce processus relève du fantasme même si c’est tentant d’économiser le temps de la lecture et de la sélection des CV. Chez Taste, nous sommes persuadés que la recherche de compétences est une dimension stratégique qui ne peut pas être informatisée.

    Vous pouvez lire un article entier sur ce sujet ici : http://recrutement.typepad.com/blog/

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