Aujourd’hui, la théorie économique considère la contribution de l’entrepreneur à la société comme une sorte de douleur inévitable. En s’attaquant à d’anciens business-models, en introduisant de nouvelles technologies sur le marché, le créateur d’entreprise détruit à court-terme de la valeur, pour créer de la croissance économique sur le long-terme. Ce concept, mis en lumière par Joseph Schumpeter en 1942, décrit ainsi le capitalisme comme un “ouragan perpétuel”, où l’entrepreneur génère une croissance instable et imprévisible.
Cette vision du rôle de l’entrepreneur pourrait néanmoins changer dans les mois à venir. Edmund Phelps, Prix Nobel d’Economie en 2006, assure que Schumpeter s’est trompé : l’entrepreneuriat peut générer de la croissance stable. Selon lui, l’innovation ne conduit pas à la destruction créatrice, mais plutôt à la création non-destructrice.
Alors, simple inversion de mots, ou réelle avancée dans la théorie économique ?
Phelps, comme Hayek, voit les entrepreneurs comme des chercheurs et des “expérimenteurs” qui “luttent constamment pour étendre leur connaissance dans certains domaines où le savoir est rare ou inexistant, avec l’objectif de développer quelque chose de commercialisable que personne n’a jamais conçu auparavant.” (traduction by myself, donc soyez indulgents…
)
De manière générale, Phelps ne voit pas l’entrepreneur comme un agent néo-classique, qui évalue toutes les informations pour prendre une décision rationnelle. Il le considère comme un agent qui doit prendre des décisions dans un monde évoluant rapidement. Ces entrepreneurs “jouent un rôle humain dans une vaste gamme d’activités, impliquant le management, le jugement, l’insight, l’intuition et la créativité.”
Le créateur d’entreprise prend des risques, avec son seul jugement comme protection contre l’échec. Et bien que certain échouent en tant qu’individu, ensemble les entrepreneurs réduisent le risque économique pour la société.
Si cette croissance stable est possible, c’est également grâce à un environnement favorable : institutions financières et droit de propriété ont permis aux entrepreneurs de mettre en oeuvre leurs idées. Le manager, le consommateur, le financier font également partie du puzzle.
Phelps est encore au début de ses raisonnements sur cette croissance non-destructrice, et ces implications pour les politiques économiques en général. Je vous ferai part très bientôt de sa vision de la vie réussie. Une motivation supplémentaire pour les entrepreneurs…
Et Glenn Hubbard, ancien chairman du Council of Economic Advisers sous George W. Bush, a tiré de cette nouvelle approche de l’entrepreneuriat quelques conseils pour les business schools. J’essaierai également de vous en faire part.
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